Sourires…

En Lingala, on dit de sourire : KOSEKA. Si on veut comprendre ce mot, attardons-nous y un peu. Dans KOSEKA, nous avons SE, qui se traduit par « seulement ». Le même mot, tire son origine de NSE, qui veut dire « la terre ».

Ensuite nous avons le mot KA qui représente notre moi individuel. Ainsi KOSEKA peut-être compris de deux manières, qui en fait n'expriment qu'une seule même chose.

Remontons à notre naissance. Quand l'enfant naît, sa première réaction, en général je le précise, c'est de pleurer. Pourquoi pleure-t-il ? A cause de son immersion dans l'inconnu. Nous savons tous comment le premier pas est toujours difficile. Et pendant ce temps, qu'est ce qui se passe autour de lui ? Un attroupement de gens. Des gens qui sourient. Ils sourient puisqu'ils sont contents dirait-on. Ceci est vrai. Et en même temps, certains pleurent. On dit aussi qu'ils pleurent puisqu'ils sont contents. Ceci est vrai aussi. Donc on a l'enfant qui pleure par peur de l'inconnu, d'un côté les uns qui sourient de bonheur, et de l'autre côté ceux qui pleurent de bonheur.

Ceci nous place en pleine complexité de l'être sur terre. Ceux qui rient essaient de dire à l'enfant : « regarde petit(e) comment on est heureux que tu sois venu(e) parmi nous. On va s'occuper de toi. Tu verras. Tout ira bien. Alors ne pleure pas ». Ces gens ont l'expérience de leur propre vie. Ils savent bien que les choses ne sont pas si simples que ça. Alors les pleurs de l'enfant gâtent la fête. Ils les renvoient dans leur propre peur et frustration. Pour conjurer le sort, ils rient. Ceux qui pleurent de bonheur, essaient de conjurer le sort à leur manière. Ils disent à l'enfant : « Vas-y pleure petit(e). Regarde, nous aussi nous pleurons. On voit déjà tout ce que tu vas endurer. Mais tiens bon. Courage. »

Aux uns et aux autres, l'enfant fait revivre tous leurs espoirs engloutis, les renvoie à leur plus noble sentiment, celui d'être les enfants de la vie. Car malgré tout, ils vivent tous avec un sentiment amer en travers de l'estomac. Celui d'avoir perdu quelque chose en cours de route. Quelque chose de précieux dont le souvenir vague plane encore au-dessus d'eux. L'enfant qui naît les reconnecte avec ce souvenir : enfants de la vie. Et les pleurs les ramènent dans leur expérience actuelle : la douleur.

NSE-KA, est donc l'arme que dispose le moi individuel ou l'individualité pour faire face à la dualité de la vie sur terre. Ainsi est-on amené à rire, non vraiment pour rendre les autres heureux, ou pour démontrer qu'on est heureux, mais pour dire à cette dualité : « je te vois, je t'accepte. Reste-là si tu le veux. Mais moi j'ai encore des tas de choses à vivre ». De ce sourire-là, se nourrit l'enfant de la vie. Et en se nourrissant, il nourrit tout ce qui l'approche.

Laissons cet enfant de la vie sourire (ASEKA). Qu'il soit ce qu'il est : innocence, spontanéité. C'est le cadeau que lui a donné la vie. Il sourit puisqu' il a de l'appétit. Pas pour autre chose. Et il sait qu'il a très peu de temps pour dévorer toute cette abondance. Alors VIVE LE SOURIRE. Voilà une bonne manière de faire tourner la dualité de la vie sur terre en bourrique

 

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