Que Comprend-on Par Muntu (l’Homme ) ?

Dans « Mukulu, Le discours de l'Ancêtre Africain » *, Muntu est expliqué comme suit :
« MU, désigne De ; NTU, désigne Tête. MUNTU signifie : Ce qui est en tête. »

Mais, en tête de quoi, peut-on se demander ? La réponse est simple : en tête de la création manifestée, qui est appelée NZA. Et à qui appartient cette création, ce NZA ? Ou plutôt : qui est cette création manifestée, ce NZA ? La réponse est encore toute simple : Dieu. Si Dieu est la création, ceci revient à dire que chaque particule, chaque cellule de la création est amenée à revendiquer l'appellation de Dieu et son rôle créateur. Chaque cellule, chaque particule crée, et recrée, se crée et se recrée. Donc, contempler la création, c'est contempler Dieu. S'aimer soi-même, aimer son prochain, aimer chaque cellule vivante, c'est aimer Dieu. C'est tout simplement rendre grâce à Dieu.

Dieu ne diffère pas de ce qui est.

Toujours dans « MUKULU, Le discours de l'Ancêtre Africain », il est dit ceci : « Muntu (Homme) sait qu'il est l'héritier divin, et il agit avec toute la responsabilité qui lui incombe. Il a reconnu son affiliation à Dieu, la revendique et la proclame. Il est le Christ (Conscience élevée de la Divinité). Il est celui qui s'est affranchi de l'illusion. » Ainsi la mission de Muntu (Homme) est de spiritualiser la matière, et de faire de cette terre un paradis. La vie et le message de Jésus témoignent de cette vérité. Il est celui qui actualise ce que le peuple Bantu, et plusieurs autres peuples du monde savaient depuis des lustres. Le Muntu est un état d'être divin. Jésus en fait la démonstration éclatante et vivante. Par là, il est l'exemple et la voie. Dire qu'avant Lui, certaines personnes avaient témoigné de cette grandeur divine dans l'homme, et qu'après Lui, d'autres ont continué et continuent à le faire, n'enlève rien à l'immensité et à la divinité de sa mission. Il est la démonstration d'un Muntu (Homme). Puissions-nous vivre en étant des vrais Bantus (pluriel de Muntu : Hommes), par l'exemple de Jésus le Christ, ou de toute autre personnalité qui a fait ou qui fait la démonstration vivante de la divinité en l'homme. Que chacun en nous prépare l'avènement de MUNTU, l'HOMME, le CHRIST-ROI.

* « MUKULU, Le Discours de l'Ancêtre Africain » , Élima, Éditions Anabwe 2004

 

L’Homme et Le Faire

L'Homme, le MUNTU, est celui qui est sur le trône. C'est le fils du divin et l'héritier de la création. Il ne faut pas penser ici à un fils en particulier. Quiconque se reconnaît dans sa divinité, la proclame, la vit, et est fils ou fille du divin. Mais aussi quiconque ne se reconnaît pas dans sa divinité, ne la proclame, ni ne la vit, l'est également.

La différence ne réside que sur le plan de la conscience. L'un le sait, et l'autre ne le sait pas. Ceci ne veut en aucun cas dire que celui qui ne sait pas est exclu de l'amour divin. Nenni.

Il continuera à jouir des mêmes privilèges que celui qui sait. La différence est que l'un en jouit tout en le sachant, et que l'autre en jouit sans le savoir. L'un mange une mangue en sachant ce que c'est qu'une mangue, sa provenance, etc. Et l'autre ne mange qu'un fruit, se délecte de sa saveur, et se cale tout simplement le ventre. L'un est dans la gratitude, et dans la consommation, l'autre n'est que dans la consommation.

Faire, c'est réaliser par son travail, par son action. Il y a du volontarisme. Ceci n'est pas une mauvaise chose. Le tout est de savoir ce que l'on fait. Faire pour faire, il n'y a rien de plus débile que cela. Faire pour sa satisfaction personnelle ? Pourquoi pas. En vérité, quand on fait réellement quelque chose de vraiment bien pour soi, ça l'est souvent pour quelqu'un d'autre aussi. Autant le savoir dès le départ, ça évite des détours inutiles. Faire pour une satisfaction collective ? Bonne idée. Mais si l'on veut sauver le monde en s'oubliant soi-même, je ne crois pas que cela puisse être vraiment bénéfique. Alors que faire ?

L'Homme, le Muntu, est un état d'être. Il se suffit à lui-même. Il n'a pas à vouloir être autre chose que ce qu'il est. L'Homme, le Muntu, ne fait pas. Il proclame ce qu'il est, et vit l'expérience de ce qu'il est. S'il y a une façon pour l'Homme de faire, c'est évidemment celle-ci. L'Homme est d'abord ce dont il envisage la manifestation. Il est cela et appelle à ce que cela soit. Il est le témoignage de ce qu'il est. C'est par la puissance d'être, que les choses se font. Non, l'Homme ne fait pas. Mais c'est par lui que les choses se font. L'Homme n'agit pas, mais c'est à travers lui que les choses se meuvent. L'Homme ne change rien, mais c'est grâce à lui que les choses changent.

Kosala (Faire) devrait être comme Losala (Plume). Pas pesant, pas lourd, moins dense. Léger comme une plume. Faire sans faire, il n'y a que le plaisir et la joie qui subsistent. C'est un acte de sexualité. C'est la sexualité même. On est absorbé dans le plaisir, et à travers ce plaisir on crée. Telle est la relation entre l'Homme et le Faire.

 

Comment Peut-on Prévoir Le Destin ?

La vérité est qu'on ne peut pas prévoir le destin, car le destin est en somme une illusion. Une illusion ne peut se prévoir, ni être vécue, à moins d'une participation et une acceptation de notre part. S'il peut y avoir un destin, ce serait alors notre retour au bercail, notre reconnexion à notre véritable état : Pur Esprit. Cet état est notre réalité. On ne l'a jamais quitté. De ce fait ce retour est en lui-même une illusion. Car le voyage n'a jamais eu lieu. Le destin tel que le monde nous présente se résume à une suite d'illusions. Des semblants de moments de paix, de gloire, de réussite, qui disparaissent aussitôt qu'ils sont apparus. On pense arriver quelque part, et finalement on se rend compte qu'on n'y est pas encore. Tout est à refaire. Rien ne dure. Tout est éphémère. On est en lutte perpétuelle rien que pour être.
Il n'y a rien à gagner à prévoir le destin. Mais beaucoup à gagner à faire de chaque instant, un instant de bonheur, de joie, et de paix. Chaque instant devrait être un instant de partage avec les siens. Un instant pour partager le meilleur de soi. Demain, c'est trop tard. Les tiens ont faim et soif de toi maintenant. Et toi-même, tu as besoin de toi maintenant.

Sourires…

En Lingala, on dit de sourire : KOSEKA. Si on veut comprendre ce mot, attardons-nous y un peu. Dans KOSEKA, nous avons SE, qui se traduit par « seulement ». Le même mot, tire son origine de NSE, qui veut dire « la terre ».

Ensuite nous avons le mot KA qui représente notre moi individuel. Ainsi KOSEKA peut-être compris de deux manières, qui en fait n'expriment qu'une seule même chose.

Remontons à notre naissance. Quand l'enfant naît, sa première réaction, en général je le précise, c'est de pleurer. Pourquoi pleure-t-il ? A cause de son immersion dans l'inconnu. Nous savons tous comment le premier pas est toujours difficile. Et pendant ce temps, qu'est ce qui se passe autour de lui ? Un attroupement de gens. Des gens qui sourient. Ils sourient puisqu'ils sont contents dirait-on. Ceci est vrai. Et en même temps, certains pleurent. On dit aussi qu'ils pleurent puisqu'ils sont contents. Ceci est vrai aussi. Donc on a l'enfant qui pleure par peur de l'inconnu, d'un côté les uns qui sourient de bonheur, et de l'autre côté ceux qui pleurent de bonheur.

Ceci nous place en pleine complexité de l'être sur terre. Ceux qui rient essaient de dire à l'enfant : « regarde petit(e) comment on est heureux que tu sois venu(e) parmi nous. On va s'occuper de toi. Tu verras. Tout ira bien. Alors ne pleure pas ». Ces gens ont l'expérience de leur propre vie. Ils savent bien que les choses ne sont pas si simples que ça. Alors les pleurs de l'enfant gâtent la fête. Ils les renvoient dans leur propre peur et frustration. Pour conjurer le sort, ils rient. Ceux qui pleurent de bonheur, essaient de conjurer le sort à leur manière. Ils disent à l'enfant : « Vas-y pleure petit(e). Regarde, nous aussi nous pleurons. On voit déjà tout ce que tu vas endurer. Mais tiens bon. Courage. »

Aux uns et aux autres, l'enfant fait revivre tous leurs espoirs engloutis, les renvoie à leur plus noble sentiment, celui d'être les enfants de la vie. Car malgré tout, ils vivent tous avec un sentiment amer en travers de l'estomac. Celui d'avoir perdu quelque chose en cours de route. Quelque chose de précieux dont le souvenir vague plane encore au-dessus d'eux. L'enfant qui naît les reconnecte avec ce souvenir : enfants de la vie. Et les pleurs les ramènent dans leur expérience actuelle : la douleur.

NSE-KA, est donc l'arme que dispose le moi individuel ou l'individualité pour faire face à la dualité de la vie sur terre. Ainsi est-on amené à rire, non vraiment pour rendre les autres heureux, ou pour démontrer qu'on est heureux, mais pour dire à cette dualité : « je te vois, je t'accepte. Reste-là si tu le veux. Mais moi j'ai encore des tas de choses à vivre ». De ce sourire-là, se nourrit l'enfant de la vie. Et en se nourrissant, il nourrit tout ce qui l'approche.

Laissons cet enfant de la vie sourire (ASEKA). Qu'il soit ce qu'il est : innocence, spontanéité. C'est le cadeau que lui a donné la vie. Il sourit puisqu' il a de l'appétit. Pas pour autre chose. Et il sait qu'il a très peu de temps pour dévorer toute cette abondance. Alors VIVE LE SOURIRE. Voilà une bonne manière de faire tourner la dualité de la vie sur terre en bourrique

 

L’Homme est-il Programmé pour Croire ?

Telle est la question qui m'a été posée dernièrement par un ami.

Croire, dans une des langues bantu, en lingala plus précisément, est traduit par Kondima.

Dans Koyamba, nous avons « Ya » et « Mba ». YA désigne « de », ou encore, en Kikongo (une autre langue Bantu), le chiffre « 4 ». Le 4 symbolise l'acte de gouverner, d'orienter, de présider. MBA, ou du moins BA, de son côté, représente le collectif, ou l'inconscient collectif. BA désigne aussi tous les états d'Être divins, en l'homme. Par exemple l'innocence, la spontanéité, la joie, l'exemplarité, la responsabilité, etc.... Dans croire (koyamba), si on retient de YA, le sens d'orienter, de diriger, et de BA, le sens de l'inconscient collectif, nous pouvons dire que « croire » (koyamba) induit une orientation collective.

Ce n'est pas l'individu (KA) qui sait, mais le collectif (BA).

À chaque fois qu'on utilise le verbe « croire », il plane toujours un sentiment de doute. On ne se réfère pas à ce qu'on sait, mais à une incertitude. En vérité, celui qui croit, ne sait pas. Il lui faut une assurance extérieure pour crédibiliser quelque chose ou une opinion qu'il pense connaître. Si tu t'appelles Paul, c'est un fait. Ce n'est pas une croyance, mais un savoir. Tu sais que tu t'appelles Paul. Si tu attends que les circonstances, ou les autres (BA, le collectif) te certifient que tu t'appelles bien Paul, cela prouve qu'il y a vraiment en toi quelque chose qui ne tourne pas rond. Toutefois, il n'est pas malsain de croire par exemple qu'untel s'appelle Martin, ou qu'untel habite tel endroit. Ceci démontre tout simplement notre incertitude, ou notre ignorance. Et l'on n'a pas à être blâmé pour cela. C'est normal que les autres nous éclaircissent là-dessus. Une fois la lumière faite sur la question, le « croire » laisse logiquement la place au « savoir ». Si cela n'est pas le cas, c'est qu'il y a un malaise. Toutes les croyances massives ne tiennent la route que tant que la masse des individus (KA) qui constitue le collectif (BA) continue à le nourrir. Le changement ne vient jamais du collectif (BA), l'histoire nous l'a souvent démontré, mais part toujours de l'individu (KA). C'est l'individu qui est le détonateur du mouvement qui finit par entraîner le collectif.

Si l'homme est bien programmé pour quelque chose, alors il est programmé pour le « savoir ». Seul le « savoir » l'affranchit. On ne peut empêcher l'homme de croire. C'est ridicule. Il lui faut tout simplement prendre conscience que croire n'est et ne sera jamais le but. Il lui faut comprendre que « croire » n'est qu'un marchepied qui, en réalité, l'amène à son véritable but : LE SAVOIR. Il y a tout intérêt à amener l'homme au savoir, plutôt que le maintenir dans la croyance. Ceci devient même urgent. La vie s'ouvre à celui qui sait.

 

La Voie de la Transcendance

Dans la compréhension générale d'une grande partie du peuple Bantu, Dieu est connu sous l'appellation de NZAMBI ou NZAMBE.

Mais que nous dit Mukulu dans « Mukulu Le Discours de l'Ancêtre Africain » ?

Je cite : « NZA*, c'est le monde manifesté. MBI ou MBE vient de IMBI ou MABE qui veut dire « mauvais ». Ainsi NZAMBI ou NZAMBE évoque la nature illusoire de NZA. NZAMBI ou NZAMBE est donc la grande illusion. C'est le grand voile.

De prime abord, nous voilà devant une grande remise en question. Est-ce que, jusque-là, on a toujours adoré NZAMBI ou NZAMBE, la grande illusion, à la place de MOZALI (Dieu) Lui-même ? À l'évidence il nous semble que oui. Comment ceci peut-il être possible ?

Voyons tout d'abord ce que Mukulu nous dit de Dieu. Il L'appelle MOZALI. Il dit ceci : « MOZALI signifie Celui Qui Est. MOZALI est la réalité suprême. Il est le Tout, et tout s'absorbe en Lui. Rien n'existe en dehors de Lui, et rien n'existe sans LUI. Il est MOZALISI, Celui par qui tout arrive. » Plus loin, il dit : « un seul mot ne saurait l'expliquer, tous les mots l'expliquent. »

Élaborons, MOZALI (DIEU) est tout ce qui existe. Ceci nous amène à affirmer que tout ce qui existe est MOZALI (DIEU). La divinité se replaçant ainsi sur et en toute chose. Tu veux voir MOZALI (DIEU), tu n'as qu'à regarder autour de toi et tu Le vois. Tu veux toucher MOZALI (DIEU), tu n'as qu'à toucher ton voisin, l'arbre, la fleur, etc. Mais est-ce vraiment MOZALI (DIEU) que tu vois, que tu touches ? On peut répondre par l'affirmation, et par la négation. L'affirmation dans l'essence, car une partie de Lui, c'est toujours LUI. La négation, car étant le Tout, pour Le voir, il nous faut voir les milliards de visages, d'arbres, de fleurs, etc. en même temps. Et pareil aussi pour Le toucher. Étant le Tout, Il est matériel, et aussi immatériel. Il est ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas ; Il est ce qu'on touche, et ce qu'on ne peut toucher. Si on pousse plus loin le raisonnement, on arrive à dire que MOZALI (DIEU), étant le Tout, est ce qu'on voit, et n'est pas ce qu'on voit. Il est ce qu'on touche, et n'est pas ce qu'on touche. Car Il ne peut se concevoir que dans sa totalité.

Ainsi NZA (Univers Manifesté) est MOZALI (DIEU), et ne l'est pas en même temps. Adorer un animal, un arbre, la lune, le soleil, c'est adorer MOZALI (DIEU), et pas lui aussi. Mukulu ajoute ceci : « Saisir le principe de NZAMBI ou NZAMBE, c'est s'affranchir, c'est déchirer le grand voile d'illusion et d'ignorance. » NZAMBI ou NZAMBE nous invite à la transcendance. Ce n'est pas une fin en soi. Ceci explique le IMBI ou le MABE qui est accolé à NZA (l'univers manifesté). NZA (univers manifesté) nous permet d'appréhender MOZALI (Dieu), mais il nous faut aller au-delà pour découvrir la réalité suprême. Sinon le même NZA (univers manifesté) peut s'avérer être une entrave énorme pour notre propre épanouissement, pour notre propre éveil.

D'où l'enseignement sur le détachement au matériel. Le détachement au matériel n'est nullement le refus du matériel. C'est le replacement du matériel à sa juste place dans l'échelle divine. Il nous faut apprendre le juste équilibre, le LA. Car le matériel est aussi divin. Reconnaître que tout est divin, ne veut pas dire céder son propre pouvoir, sa propre divinité à qui que ce soit, ou à quoi que ce soit. Reconnaître que tout est divin, c'est se donner la permission de rendre grâce au Divin à travers tout ce qui est LUI. NZAMBI ou NZAMBE est le principe qui nous permet de bien intégrer cette subtilité. Il nous invite à ne pas nous attacher à ce qu'on voit NZA (univers manifesté) mais à aller toujours chercher ce qui est caché derrière toute manifestation. C'est une vérité qui nous amène à la transcendance. C'est la voie qui nous amène à l'illumination, donc à MOZALI (DIEU).

*NZA : toute particule vivante

 

L’Esprit est-il la Seule Réalité ?

« L'esprit est la seule réalité ».Tel est le mot que m'a envoyé récemment un ami et frère. Que comprend-on par esprit ? L'Esprit, appelé Elimo (1), ce qui s'absorbe dans le Un, est une énergie créatrice. C'est avec elle que Celui Qui Est (Dieu) a créé tout ce qui existe matériellement et immatériellement. C'est grâce à cette énergie que tout se crée et se recrée. C'est elle qui pulse l'action.

Peut-on pour autant dire que l'esprit soit la seule réalité ? L'homme est une création divine qui est appelée à vivre sur terre, tout comme les animaux, les végétaux, etc. Et l'expérience terrestre nécessite un outil qui va avec : le corps. Ainsi toute création sur terre est mue par une trinité : Âme, Esprit, Corps.

L'Âme, « Molimo » (2) (Le Un qui s'absorbe dans le Un), qu'on appelle aussi le « double » est l'énergie de la conception.

Le Corps, « Nzoto » (3) (Notre Maison) est une énergie densifiée, et est l'instrument sans lequel la vie dans la matérialité est impensable.

Et l'esprit « Elimo » est l'énergie créatrice.

Pour que cette trinité puisse fonctionner correctement, une autre énergie d'égale importance entre en jeu : l'Amour « Bolingo » (4).

Bolingo (Amour) est l'énergie qui lie, qui unit, qui met ensemble. Sans cette énergie, rien ne saurait rester compact. Nous sommes donc amenés à dire que la vie de l'homme, ou de toute création sur terre est régie par ces trois réalités : âme, esprit, et corps ; et que ces trois réalités sont unies par une quatrième réalité qui est l'amour. En somme, toutes ces réalités n'en sont qu'une : Le UN, Celui Qui Est, Dieu, Mozali. Et comme toutes ces réalités ne sont que des énergies, Dieu ne peut être rien d'autre qu'une énergie. Donc la vraie réalité est l'énergie. La création marche par pair. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut.

La réalité matérielle telle que nous la voyons et la vivons n'est qu'une réplique de la réalité immatérielle. L'immatériel est le jumeau aîné et mâle, le matériel est la jumelle cadette et femelle. Ceci ne veut pas dire que l'immatériel est plus important que le matériel. Loin de là. Ceci ne veut pas non plus dire que tout ce qui vient avant est obligatoirement masculin, et tout ce qui vient après est obligatoirement féminin. Prenons l'exemple de deux jumelles. Dans la compréhension Bantu, la première incarne la jumelle aînée et femelle, la suivante incarne le jumeau cadet et mâle. Sachons tout simplement que dans la création, l'immatériel précède le matériel. La pensée précède toujours la réalisation. Tout ce que tu es amené à produire, tu le portes déjà en toi. Et tout ce que tu réalises est la copie de ce qui est en toi.

« MUKULU Le Discours de l'Ancêtre Africain » Éditions Aniwbe
(1) Elimo (Esprit) voir MUKULU p. 37
(2) Molimo (Âme) voir MUKULU p. 32
(3) Nzoto (Corps) voir MUKULU p. 39
(4) Bolingo (Amour) voir MUKULU p. 58

 

De la Religion… de la Spiritualité

Actuellement, dans mon pays, le Congo Démocratique, la religion chrétienne bat son plein avec sa multitude d'églises : Témoins de Jéhovah, Évangélistes charismatiques, etc. Ceci n'est pas un mal en soi. La recherche de Dieu est toujours quelque chose de louable.

La religion relie à Dieu. Très bien. Encore nous faut-il savoir et comprendre le sens de ce « relier ». À chaque coin de rue, on rencontre des gens avec la bible à la main. Il y a des vocations de pastorat qui naissent comme on respire. Le peuple en veut et en redemande.

La vraie spiritualité amène à faire l'expérience de Dieu ici et maintenant, dans la matière. Elle invite à proclamer sa propre divinité de son vivant, et à la vivre. Et comme l'expérience, personne d'autre ne peut la faire à notre place, nous sommes obligés de nous prendre en main.

Loin de moi l'idée de remettre en question la bible, cependant, le fait qu'un missionnaire  dise qu'il veut faire découvrir Dieu à tout un peuple à travers la bible, cela me laisse perplexe. Qu'un fils du pays le dise, cela me révolte. En aucun instant je ne pourrais croire que des milliers et des milliers de mes Anciens n'ont jamais connu Dieu, et qu'ils se languissent tous en enfer. Ceci est tout simplement invraisemblable, et nous montre que dès le début, les choses n'étaient pas prises dans le bon sens.

Le peuple Bantu de la RDC a toujours eu sa propre spiritualité, qu'il a façonnée durant toute son existence.

Nier ceci équivaut à nier la mémoire et l'identité de tout un peuple. Le missionnaire aurait dû composer avec cette réalité. On le comprend, tel n'était pas son objectif. Néanmoins on ne peut s'empêcher de constater que ce fût une erreur. Répéter la même erreur aujourd'hui, c'est un suicide collectif. Nous devons nous ouvrir. Aller voir ailleurs ce qu'il y a de mieux, qui puisse enrichir notre patrimoine culturel, spirituel, etc.

Le monde est un terrain de partage de la Lumière. Tu n'es supérieur à personne, et personne n'est supérieur à toi. L'amour nous lie tous, et fait de nous tous un seul ÊTRE, qui n'est autre que Dieu. Ne te renie jamais. Ne renie jamais l'autre.

 

Deux Questions Récurrentes…

Deux questions récurrentes méritent que je m'y attarde pour apporter quelques éclaircissements. A savoir : Pourquoi est-ce que je parle de Jésus, alors que, d'après mes explications, il est postérieur à la connaissance du principe de MUNTU par le peuple Bantu, et en plus, il nous vient d'ailleurs. Plus précisément, il nous a été imposé par l'arrivée des occidentaux ?

Et quelle est la différence entre la compréhension de Dieu chez le peuple Bantu, et celle du Chrétien ?

Je crois personnellement qu'il n'y a pas lieu de se battre pour démontrer l'antériorité de la connaissance de Dieu par le peuple Bantu avant l'arrivée de l'occident, donc du Christianisme. Ceci est une évidence. On voit même, à travers le principe du Muntu, que le monde Bantu avait déjà une notion Christique bien élaborée, et assimilée. Cette notion Christique, le Muntu, est même à la base de sa croyance. J'y reviendrai. La réalité spirituelle actuelle d'une grande partie de l'Afrique centrale témoigne de la suprématie de l'église Chrétienne. Et parler de Jésus tombe sous le sens. Je démontre tout simplement que Jésus, dans le fond, n'apporte rien de nouveau au monde Bantu. Mais il éclaire, et manifeste avec autant de majesté, de gloire, et de beauté ce que ce peuple savait déjà. Par sa vie, par son œuvre, il a montré ce qu'est un Muntu, un fils de Dieu. Toutefois, il nous faut savoir que « Christ » est un état divin. Il n'est d'aucune façon une exclusivité de la seule personne Jésus, ni de l'Église Chrétienne. Tous les êtres sont des fils et des filles de Dieu, et portent en eux le pouvoir du Christ.

De ce fait, Jésus est au-delà des dogmes et de la religion. Je ne saurais l'enfermer dans une chapelle. Il est la voie et la lumière de tous ceux qui se désignent peuple de Dieu. Tout comme mes sages ancêtres Africains, sans ignorer Bouddha, Krishna, Mahomet, Socrate, Lao-Tseu, Kimbangu, Toko, Mataji, etc. et tant d'autres que la terre a portés et continue de porter. Toutes ces grandes âmes ont eu et ont la même préoccupation : éveiller l'Homme à sa divinité, le reconnecter à sa véritable essence. Donc l'homme Jésus n'est pas au centre de l'enseignement spirituel du monde Bantu, mais le confirme, et lui ouvre d'autres champs de conscience.

Dans la spiritualité Bantu, tout tourne autour de l'Homme (Muntu), et de sa relation avec Dieu. La pierre angulaire n'est pas Dieu, mais l'Homme. Tout réside dans la faculté de l'Homme à vivre pleinement et consciemment sa vie d'Homme le temps de son passage sur terre. L'Homme est désigné par Muntu. Et Muntu désigne l'état de conscience élevé de Dieu *. C'est ce qu'on comprend aussi par Christ. Muntu est celui qui a accepté sa divinité, la vit, la manifeste et la proclame. Dieu étant tout ce qui est, la spiritualité Bantu amène l'individu à nouer une relation et un respect divin envers tout ce qui l'entoure ; car  pour le peuple bantu, tout est divin. C'est la vraie compréhension de l'animisme auquel je préfère largement le mot le Kimuntu

Le Kimuntu fait de l'individu le gardien, l'héritier de toute la création divine. Il lui ouvre la perception qui consiste à voir Dieu en chaque chose, et lui permet d'entrer en son contact à travers toute créature. D'où le KABA et le BAKA *, le donner et le recevoir, qui est un des principes importants de la sagesse Bantu.

Évidemment, on peut remarquer quelques nuances dans la compréhension de Dieu chez le Muntu et chez le Chrétien, mais, globalement, dans ce domaine, tout se rejoint.

* « Mukulu, Le Discours de l'Ancêtre Africain », ÉLIMA, Éditions Anibwe 2012